LAM-UPPA - Les Afriques dans le Monde


Axes de recherche

L'organisation du laboratoire se fait au travers de trois axes qui rassemblent chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants et chercheurs associés.

Axe 1 — Gouvernance, institutions, représentation

Responsables : Jérôme LAFARGUE (UPPA), Céline THIRIOT (IEP)

Le politique dans les Afriques (comme dans les pays du Sud), et notamment dans ce qu’on appelle les États fragiles s’inscrit dans une continuité, fortement instrumentalisée par l’ensemble des catégories d’acteurs qui y interviennent, des dynamiques internes et externes. Il faut le saisir dans l’entrelacs des espaces, arènes et forums nationaux et internationaux qui caractérisent le monde de la globalisation – souligné dans les travaux de sociologie politique comme de relations internationales.

Cette imbrication des contextes historiques particuliers et des enjeux, normes, référents et modèles de comportements et d’actions transnationaux, façonne les trajectoires de fabrication de l’institution et du citoyen dans ces États fragiles. Les modalités du politique y sont marquées par des décalages et ruptures et sont fortement instrumentalisées entre les dispositifs externes internalisés (la configuration des systèmes normatifs et de gouvernance selon des référents produits à l’extérieur des sociétés) et les dispositifs internes externalisés (la configuration des systèmes normatifs et de gouvernance localement produits mais intégrant en partie variable les dispositifs extérieurs).

Pour cela, la perspective théorique emprunte ici à deux paradigmes assez différents pour les relire à l’aune de ce qu’on appelle « l’approche par le bas ».
– D’une part à un ensemble de travaux portant tant sur le Sud que sur le Nord interrogeant le politique à travers la notion de gouvernementalité proposée par Foucault. Dans cette conception, la gouvernance consiste en une « conduite des conduites », c’est-à-dire se dévoile dans toutes les formes et relations de pouvoir qui orientent et mettent en forme les actions des autres.
– D’autre part, en percevant l’individu comme un acteur à part entière, qui contribue autant à la production des cadres de l’action qu’il en est le produit (théorie de la double structuration chez Giddens)
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Une telle approche permet de s’inscrire dans un ensemble de travaux sur les Afriques consacrés aux jeux d’acteurs sur les normes, leur production, les arbitrages auxquelles elles donnent lieu auprès d’acteurs confrontés à différents ordres normatifs, d’autre part elle permet de rompre avec la dichotomie « agency » / structure pour se polariser sur les processus de structuration en boucle qui font des citoyens les produits et les producteurs de la gouvernance.

Cet axe se propose donc, dans une optique multidisciplinaire associant historiens, politistes, anthropologues et juristes, d’étudier la fabrique des institutions et des citoyens dans ces États en développement. Il s’agit de décrypter les décalages et ruptures normatifs et institutionnels, de circonstancier leur insertion dans des dispositifs que leurs dynamiques particulières ne produisent pas mais dont leurs citoyens ou d’autres acteurs externes ne cessent de s’emparer. Étudier le politique dans ce type de configuration suppose de se concentrer non plus uniquement sur les dispositifs institutionnels ou sur les pratiques sociales « informelles » ou en marge du politique officiel, quasi marginales, mais bien sur les manières et les pratiques sociales qui expriment les effets d’incorporation que produisent les dispositifs existants et le rôle structurant des acteurs dans leur configuration. Deux principaux ordres de questionnements seront privilégiés.

  

Axe 2 — Conflits, territoires, développement

Responsables : Hervé MAUPEU (UPPA) & Bernard CALAS (Univ. Bordeaux 3)

Comment penser dans les Afriques d’aujourd’hui la question du territoire et du «développement» ? Alors que, après le flottement des années 1990, le continent se réinscrit dans les affaires internationales comme source d’opportunités mais aussi de risques, et dans cette situation d’extraversion accentuée, la question des territoires se pose avec une force singulière. Il s’agira donc d’étudier les jeux d’acteurs, leurs aspirations et leurs stratégies et les tensions qu’elles suscitent sur les territoires, sites où se croisent les identités et les intérêts, les réseaux commerciaux, les régulations et les projets de communautés morales – la définition même des territoires, leur représentation symbolique comme politique est bien sûr le premier enjeu des luttes, comme en témoigne la montée des revendications au nom de l’autochtonie. On portera donc l’attention à la globalisation des territoires, mais aussi à leur segmentation, à leur recomposition et à leur rémanence, au déploiement sur ces territoires des réformes économiques et financières, mais aussi politiques et environnementales (« projets » de développement, gestion durable, décentralisation, idéologies du développement communautaire). Les conflits qui se nouent autour des territoires aboutissent parfois à des mobilisations violentes, qui seront également étudiées, de même que les ordres locaux et les dynamiques de stabilisation. L’objectif est ici de mettre en évidence les dynamiques, modalités et procédures qui président à l’insertion des territoires des Afriques dans le mouvement de globalisation. Cet axe sera structuré autour de cinq priorités de recherche.

  

Axe 3 — Culture, identifications, création

Responsables : Alain RICARD (CNRS-IEP/LAM), Dominique CHANCE (Univ. Bordeaux 3)

Il s’agit, dans le cadre de cet axe, d’appréhender les interactions, nombreuses et complexes, entre culture, identifications, création (artistique, littéraire, musicale, théâtrale, cinématographique, etc.) et changement social, tout en faisant une large place aux TIC dans leur articulation à la gouvernance et en ce qui concerne les usages dont ils font l’objet dans les pays des Suds, et notamment dans les Afriques. Culture, identifications et création sont ici perçues d’emblée comme des constructions historiques, en constante recomposition, au rebours de toute considération culturaliste ou substantialiste. En appréhendant ces notions de manière historicisée, on s’efforcera de comprendre les lignes de fracture et de solidarités des sociétés étudiées, et les registres utilisés pour structurer ces sociétés, d’en comprendre la généalogie et l’historicité. Une attention particulière sera portée à l’analyse des cultures politiques et aux lieux et acteurs de leur fabrication, ainsi qu’aux imaginaires et aux représentations. Pour ce faire, on peut passer par les vecteurs tels que les langues, la littérature, la musique, les arts et le cinéma. On peut également passer par les médiateurs tels lesjournalistes et les médias, internet, les blogs, et échanges via les TIC, mais aussi les écoles et plus largement l’éducation via l’école et en dehors.

Dans un contexte de crise, de conflits, de tensions, les pratiques de création sont une expression, mais aussi un appel, un lieu et un lien. À nous de savoir entendre ces appels, repérer ces lieux et saisir ces liens : dimension clairement transdisciplinaire, mais aussi transversale. Cinq grands ordres de questionnements structureront cet axe.